Âmes sensibles s'abstenir...
Rien ne saura jamais remplacer ce vide que tu as laissé
quand tu es partie. Chère maman. Je ne t’ai jamais connu, car ma venue t’a
emporté dans l’ailleurs. Aujourd’hui, je regarde la seule photo que j’ai de
toi. Tu es si jolie. Tes yeux semblent si pétillants, si joyeux. Ton sourire
rayonne toujours aussi chaleureusement. Comme j’aurais aimé être collé à toi…
sentir ton odeur, accueillir tes caresses, toucher ton visage, tes cheveux.
J’aurais voulu pouvoir partager tes rires, tes pleurs, des chants. J’aurais
voulu t’entendre m’appeler, me consoler.
Mais par-dessus tout, j’aurais aimé n’avoir jamais appris la
vérité.
Cette vérité révélée par ton docteur après toutes ces
années. Pourquoi ma venue a-t-elle été, pour toi, si difficile? Cette dernière
épreuve t’a libéré.
15 ans.
Mon père a pris soin de moi. M’a raconté toutes sortes d’histoires.
Il a rencontré ma première copine.
Il m’a appris à vivre, à me battre ainsi qu’à défendre.
Toute ma vie, papa était là pour moi. Nous avons partagé rires, pleurs, chants.
Ton absence nous a rapprochés, a fait de notre relation un
lien incassable. Indestructible.
15 ans.
Hier, je suis allé chez le médecin. J’ai demandé à papa de
rester dans la salle d’attente. Il m’a souri, a ébouriffé mes cheveux et m’a
fait un clin d’œil approbateur.
Je suis donc entré seul dans le bureau.
Le médecin est entré… il m’a vu… m’a souri et m’a dit que
j’avais tes yeux.
Puis il s’est effondré en larmes. Il a glissé un dossier
vers moi…. s’est levé… ma dit être extrêmement désolé et il est sorti de son
bureau.
J’ai regardé le nom sur le dossier. C’était ton nom. Le temps
a pris exemple sur mon souffle et s’est arrêté. J’ai ouvert ton dossier :
photos, rapports, conclusions… J’ai repris mon souffle, mais le temps, pour
moi, n’est jamais reparti.
Je suis sorti du bureau du médecin. J’ai levé les yeux et
j’ai vu mon père qui me souriait. J’ai souri.
15 ans.
Ce soir-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je ne sais
pas comment j’aurais pu. Les images des contusions sur tes bras, sur tes
jambes, de ta paupière gonflée, de ton nez cassé, des larmes qui coulaient de
tes yeux… et de ton sourire… ton sourire… ton sourire…
Les notes du médecin qui expliquaient que tu avais refusé de
porter plainte… que tu avais insisté pour me donner naissance naturellement…
que malgré tout… tu ne pouvais qu’être heureuse puisque tu allais donner naissance
à un petit ange.
Les notes qui continuaient sur l’absence du père alcoolique…
Qui ce concluait sur ton rire à ma venue… à ton dernier
souffle utilisé pour me donner mon nom…
15 ans.
Aujourd’hui, je serre ta photo contre moi. Papa est au
travail. Tout est prêt.
Ce soir…
Ce soir, ton ange accomplira son destin.
Ce soir, l’homme qui t’a enlevé à moi… périra.
Après il n’y aura que toi et moi… maman.