La terre battue. Ce sol que je foule de mes pieds, de mes mains, il vibre. Vibre de couleurs, d’odeurs et d’images. C’est une fête après tout. Animaux et humains vont de pairs afin de créer quelques instants d’un bonheur qui, en devenant souvenir, ne s’éteindra jamais. Les écrivains transgressent leur mortalité en écrivant, mais nous, c’est en créant des souvenirs. Alors nous inventons, nous nous amusons à imaginer une réalité comblée de rires, de cris d’effroi, de souffles retenus et d’applaudissements. Nous voyageons… enfin la plupart d’entre nous.
Certains préfèrent rester près de leur ville natale, d’autres tombent en amour et nous quittent, rien n’est stable et il faut sans cesse recréer notre équipe. Moi, ma vie est ici. J’ai déjà essayé de quitter ce monde merveilleux, mais un clown n’a pas sa place dans une usine, ni dans un restaurant (excepté un…); Enfin, après une «pause» d’environ un an, je n’en pouvais plus.
Les enfants, leurs expressions, tellement variées, de bonheur, et les adultes, qui se cachent quelques fois pour pleurer leur émoi ou qui s’esclaffent et se surprennent à s’amuser… j’en avais besoin. C’est là que ce cache la magie du monde. Alors j’ai retrouvé la même troupe avec qui je voyageais depuis l’âge de 15 ans et j’ai rajeuni. Enfin mon cœur, pas moi. Ma vie a repris son sens et sa passion. À chaque représentation, je regarde le public et il me gonfle d’une chaleur qui me donne des ailes. Quand c’est à notre tour, à nous les clowns, je n’hésite donc jamais à faire des galipettes, des sauts, des pirouettes et des chutes rocambolesques. C’est ma façon de vous partager ma chaleur. Cette vie, sans toujours être rose (quelle vie l’est?), est ce qui se rapproche le plus du rêve.
Et le sol vibre, vibre sous les applaudissements et les rires. Rien de tout cela ne serait possible sans vous, chers spectateurs. Merci!