Tout est sombre et lugubre. Du mouvement dans la ruelle, mais ce ne sont que des émanations de chaleur provenant de la bouche d’égout. Tout est sombre… ma vue est brouillée par un liquide chaud. Je ne suis pas sûr de sa nature ni d’où il provient. Tout est sombre et mes pensées sont lugubres et confuses. Pourquoi suis-je dans cette ruelle? Je me tiens droit et mes mains sont refermées sur elles-mêmes. Tout est sombre, ma main droite tient un objet que je ne vois pas. Mon questionnement se change en un plus grand mystère quand l’objet glisse et chute au sol, se transformant en une multitude de sons métalliques qui s’échappent en tout sens. Tout est sombre et je suis las. Je ressens une fatigue intense et complète; mon corps tombe à genoux. Un mélange de liquides chaud et froid s’accroche à la partie inférieure de mon pantalon et je frissonne sous ces sensations contradictoires. Tout est sombre, mais je sais qu’il y a quelque chose devant moi. Ce sont des mouvements légers et irréguliers qui trahissent cette présence. Tout est sombre excepté le temps de trois battements de cœur. Il y a un éclair de lumière provoqué par le passage d’une voiture. La présence étrangère s’est dévoilée.
Tout est sombre, tout revient, tout est là. Je me relève, l’objet inconnu revient dans ma main, je suis immobile, hautain. Je me penche sur l’inconnu. Ma main gauche agrippe ce que je sais être un vêtement. Mon poing droit frappe le sang, l’os, la chair. Tout est sombre et, lentement, avec chaque coup donné, le visage reprend forme, le sang sa place d’origine. Tout est sombre, mes pensées le sont tellement que mes yeux en sont noirs et je ne vois que cette absence de lumière. Les coups pleuvent. Colère. L’homme rit. Peur. Serrant le rouleau de dix sous dans ma main je frappe une fois. Nous sommes debout l’un devant l’autre. L’homme surgit de l’obscurité et m’agrippe. Les mains dans les poches, je marche en scrutant la noirceur. Tout est sombre, mais je ne peux m’empêcher d’entrer dans la ruelle. Tout est sombre, tout est reflet de mon cœur. Du mouvement… c’est l’autre.
Voilà, je suis à genoux devant un étranger qui m’a fait réagir. Tout est sombre, ses yeux, ses doigts sur ma gorge, ma vie, son âme. Tout est sombre, je sais, je comprends ; ses longues canines scintillantes sonnent le glas d’une croyance enfouie en nous. Le mythe existe…Personne n’entend mon cri, tout est sombre.
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